Scopéli, un projet de cœur et une expérience humaine hors norme !

Lors de la dernière édition des Défis Ma Petite Planète, Jérôme G. a choisi comme défi de réaliser une interview et il a ainsi rencontré Clara, salariée, pour qu’elle lui parle de Scopéli. Retrouvez l’interview ci-dessous ou en cliquant ici ! Et découvrez un autre point de vue sur notre aventure collective !

Scopéli est un supermarché coopératif et participatif créé en 2017, inspiré de Food Coop à Brooklyn, et dont les locaux se situent au sud de Nantes. Dans ce supermarché, chaque sociétaire y trouve des prix intéressants et participe, à hauteur de quelques heures par mois, au bon fonctionnement d’un projet à fortes valeurs sociales et écologiques. Pour mieux comprendre Scopéli et ses valeurs, je me suis rendu sur place. 

Entretien avec Clara D., coopératrice et salariée à Scopéli 

Bonjour Clara, qui es-tu ? 

« Je suis salariée à Scopéli depuis octobre 2018. Issue d’une formation d’éducatrice spécialisée où j’ai côtoyé les violences institutionnelles dues aux choix politiques, aux manques de subventions, tant du côté des usagers que du côté des professionnel•le•s. Une de mes dernières expériences parisiennes m’a amenée à travailler dans un contexte politique extrêmement complexe, auprès de réfugié•e•s dans l’hébergement. Suite à ces expériences, j’ai cherché à réorienter ma vie professionnelle vers une structure qui porte des valeurs sociales mais indépendante financièrement car cela change tout sur la qualité qu’on peut y mettre. Et une structure plus citoyenne ! Chez Scopéli, il n‘y a pas de logique d’assistanat ou de “mieux placé•e”. Chacun•e est libre d’innover, de proposer, de faire. » 

Quels évènements dans ta vie ont éveillé ta conscience écologique ? 

« Je suis sensible à l’écologie au sens large, c’est-à-dire l’équilibre d’un système. Je me suis notamment penchée sur l’écologie du corps ; « Je suis composée de ce que je mange », « Comment puis-je bien manger avec un petit budget ? », « Comment je trouve des produits sains ? ». 

Deux chiffres majeurs ont retenu mon attention. L’un concerne toutes les terres qui sont exploitées pour produire de la viande et tout l’épuisement des sols que cela génère. L’autre, absurde, réside dans le fait d’aborder l’apport nutritif selon la masse plutôt que selon ce que contient cette masse. En bio on a besoin d’une masse moindre pour un apport nutritif aussi important. C’est le paradigme quantité VS. qualité encore une fois. 

Avec l’alimentation, t’es gagnant•e sur tous les plans car tu touches au vivant au sens large : au corps humain, au végétal, à l’animal, au social et tu t’appropries un levier économique. » 

Écologiquement, quelles seraient les actions essentielles à mettre en place autour de toi ? 

« Je pense qu’il ne faut pas essayer d’aller vers un axe majoritaire, prioritaire. Qu’il ne faut pas appliquer un modèle unique, quel qu’il soit, même s’il est très vertueux mais plutôt diversifier les solutions.

Par exemple, je suis en grand questionnement sur la synergie entre la production de céréales et de légumes et l’exploitation des animaux. Si l’on a une pensée unique végane, elle défend une forme d’écologie mais elle atteint ses limites à certains endroits. De même, si l’on a une pensée unique bio et que l’on délaisse la question du bien-être animal… Chacun•e, avec sa sensibilité, doit réfléchir, proposer, tenter pour que l’ensemble de toutes ces initiatives forme quelque chose d’intelligent. En ce sens, je n’aurais pas d’axe prioritaire. 

Que ce soit à l’échelle de l’individu ou à l’échelle d’une société, c’est dans la joie que c’est porteur, dans la créativité. Il ne faut pas s’autoflageller mais aller là où on est capable d’aller. Malgré l’urgence climatique, chacun•e à son échelle doit prendre le temps de la réflexion et faire ce dont iel est capable. » 

Scopéli c’est quoi ? 

« Pour simplifier, Scopéli c’est deux axes. Un axe alimentation avec ce que cela comporte au niveau écologique et sanitaire et un axe éducation populaire qui repose sur la considération de l’individu dans ce qu’il peut apporter à un groupe et qui se traduit par le modèle des vacations. Chacun•e participe de manière concrète. Ça donne un sacré labo sociétal ! 

On est tou•te•s des néophytes dans l’intelligence collective et on a tou•te•s des choses à apprendre dans ce domaine ; ce n’est pas l’éducation majoritaire et on ne peut pas être épargné par les dogmes dans lesquels on vit actuellement. Chez Scopéli, à chaque réunion, à chaque rencontre, on est confronté•e à ce paradoxe entre notre éducation et ce qu’on a choisi de mettre en place avec les outils de l’intelligence collective. Quand on creuse dans ce domaine, comme par exemple les écoles démocratiques ou les méthodes de gestion par consentement, tout le monde est d’accord pour dire que l’intelligence collective passe par l’Expérience. Et Scopéli c’est ça : un terrain d’expérimentation. 

C’est un projet qui touche à l’écologie, au sens « équilibre d’un système mouvant ». Il y a ce côté mouvement qui est hyper important à Scopéli, rien n’y est jamais figé. Et le côté équilibre du système par des méthodes de régulation. Il y a de l’inspiration, des modèles théoriques, de la conceptualisation, du lien social et de la considération envers la nature. » 

Peux-tu m’expliquer ce qu’est un supermarché coopératif et participatif ? 

« Le supermarché : il y a chez Scopéli une dimension éthique dans le choix des produits qui se traduit par différents critères (pas forcément réalisables ensemble) : local, bio, prix juste (auprès des fournisseur•euse•s), accessibilité des prix. Ces deux derniers critères sont basés sur des logiques de prix beaucoup plus ancrées dans le réel que peuvent l’être celles des supermarchés dit classiques. 

Le coopératif : Il ne s’agit pas seulement de souscrire, puisque chacun•e participe lors de ses vacations. Chaque coopérateur•ice détient une partie de Scopéli. Chacun•e porte la gestion de l’entreprise. Sur l’aspect juridique, il y a trois types de parts sociales. On se

heurte à des modèles conventionnels desquels il faut exploiter les failles afin que Scopéli devienne réellement ce que l’on veut en faire. On a fait le choix de mettre des parts sociales deux fois moins chères que la plupart des supermarchés coopératifs (français, belges et américains) pour que cela soit plus accessible. Cela pose le problème d’un capital divisé par deux, soit deux fois plus de pression car deux fois moins d’argent pour investir dans des chambres froides par exemple. Les équipes de ventes sont aussi sous pression et des campagnes peuvent être faites auprès des coopérateur•ice•s pour qu’iels donnent plus que leur part sociale initiale. Ceci permet de rassurer les banques sur le fait qu’il y a vraiment une communauté scopélienne qui a confiance dans ce projet et qui illustre bien la notion de coopérative et de détention du projet. La difficulté d’un projet aussi intense que Scopéli est de rendre accessible toutes ces notions, notamment celle de gestion d’entreprise, à chaque coopérateur•ice afin qu’iel comprenne les impacts des choix financiers qui peuvent impacter son fonctionnement. Cela nous emmène à la troisième partie 

Le participatif : Nous avons un challenge quotidien de rendre des sujets techniques complexes, accessibles à une masse. Chaque personne à ses propres compétences, que ce soit l’accueil des vacataires ou la gestion financière de l’entreprise. Et malgré cela, tout le monde doit décider ensemble et avoir un modèle de gouvernance le plus horizontal possible mais qui doit aussi évoluer avec la société et le projet en lui-même. L’objectif à long terme est de sans cesse améliorer cette gouvernance. » 

Comment est né Scopéli ? 

« Je n’étais pas à l’origine du projet, mais voici l’histoire qu’on m’a racontée. C’est un petit groupe de Nantais•es qui a voulu travailler à l’accessibilité d’une alimentation saine et respectueuse de l’environnement. Pour cela iels ont créé « la cantine des colibris et des faizeux » et le premier outil mis en place pour cela a été Scopéli. D’autres projets gravitaient autour comme la sensibilisation des jeunes à la qualité de l’alimentation, ou la recherche de la qualité de l’eau sur le territoire. Finalement, Scopéli a pris toute l’énergie au sens propre même si la cantine existe toujours. 

Des projets sont en cours avec cette dernière pour relancer des animations de sensibilisation et des temps de convivialité et ainsi développer encore plus l’éducation populaire. » 

Scopéli dans cinq ans, ça ressemblera à quoi ? 

« En termes de gouvernance, on pourra être dans un fonctionnement extrêmement agile qui pourrait être en responsabilité par groupe/secteur. Chaque personne devrait se sentir légitime à prendre des décisions en perdant le réflexe de validation par le dessus. Le collectif doit continuer à s’autoréguler et doit rester dans les valeurs initiales du projet. Pour cela, on doit mettre en place une communication et un système d’information très fins. Il y a une nécessité de formation autour de la culture commune au projet et devant être partagée par tous les groupes afin que chacun•e puisse y trouver sa place.

Il sera important d’avoir des rôles de facilitation et de support pour l’intelligence collective. Chaque groupe pourra avoir sa propre indépendance tout en agissant de concert avec les autres si les outils et supports sont développés et accessibles à tou•te•s ; y compris au niveau numérique. 

C’est possible si on continue comme ça mais c’est un beau challenge ! 

Si chaque groupe prend son envol, tout le monde va aller vers le haut. Tous les acteur•ice•s seront plus attentif•ve•s à leur environnement propre. 

Scopéli est un gros projet mais tout jeune et dont la mixité sociale reste un travail de tous les jours. Chacun•e développe ses compétences intellectuelles et manuelles et travaille ensemble. Au niveau intergénérationnel, le résultat est là. Mais pour aller plus loin, il faudrait un ancrage de proximité sur le territoire plus fort permettant de faire plus de liens. Les personnes portant les dogmes dits « dominants » dans la société ont leur place dans le projet ; que leur sensibilité soit écologique, sociale, végane ou autre. Nous voulons que les personnes de communautés plus diversifiées se sentent aussi à l’aise dans Scopéli. Citons pour illustrer les personnes en difficulté avec la langue française, les personnes transgenres, les personnes ayant des cultures culinaires étrangères,… Le projet, au fur et à mesure de sa structuration, compte se rendre de plus en plus accessible. 

Ton meilleur souvenir chez Scopéli ? 

« Avec une coopératrice on a restructuré le groupe comptabilité. Elle avait fait un audit auprès des personnes du groupe. On a structuré et schématisé tout ça en vacation et on a monté une méthode de recrutement. C’était nouveau, ça n’avait jamais été testé… 

Tu déploies une énergie de dingue, tu ne sais pas si ça va marcher. Et quand, des mois plus tard, tu vois que ta méthode de recrutement fonctionne, ça fait un bien fou ! Les retours des vacataires étaient très positifs et les personnes contentes d’être là. Et le jour où l’on a finalisé cette mise en place, il faisait beau et il y avait un événement convivial auquel on s’est joints. Ce fut à la fois fonctionnel et épanouissant ! » 

Si je te dis “Scopéli et Écologie”, tu penses ? 

« Intelligence systémique. »